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  • Photo du rédacteurAlexis Perez

La petite Histoire des grands objets du Rock #1 Le Vinyle



Aujourd’hui, je vous parle des objets cultes du rock, ceux qui ont fait son histoire, des instruments iconiques aux bibelots les plus communs, des plus emblématiques tels que la guitare aux plus obscurs comme le magneto J37. Et si vous ne connaissez pas le magneto J37, vous êtes au bon endroit.


Comment ne pas commencer cette série en parlant de l’objet qui est presque à l’origine de la culture Rock ? Celui qui a traversé toutes les périodes du genre, de son explosion dans les années 50 à sa renaissance dans les années 2010, en passant par son âge d’or dans les années 60/70, son déclin dans les années 80 et sa quasi disparition dans les années 90. Cet objet, vous l’aurez sans doute reconnu, c’est bien entendu le vinyle ! Bienvenue au Breakfast In Backstage dans la petite histoire des grands objets du Rock ! Faites chauffer le café et sortez les croissants, on s’occupe de la bande son.



"La valeur d’un disque est d’abord une valeur d’estime"

Pour beaucoup d’entre nous, nos premiers vinyles sont ceux de nos parents voire de nos grands-parents. Puis petit à petit, on complète la collection, on agrandit la famille. Quand j’étais ado, ce sont mes parents qui m’ont donné leur collection de vinyles. Il devait y en avoir une centaine. Aujourd’hui j’ai dépassé les 400… et encore… je me suis calmé il y a quelques années déjà ! Un disque est souvent lié à un souvenir, à un moment, quand on l’a acheté, quand on nous l’a offert, ou quand on l’a écouté pour la première fois. Parfois il est lié à une personne, celle qui nous l’a offert ou avec qui on l’a écouté pour la première fois. La valeur d’un disque est d’abord une valeur d’estime.


Le vinyle est aussi une injonction. Une injonction à regarder la pochette, l’ouvrir, découvrir les petites lignes, les paroles ou la liste des musiciens, à trouver les petits détails croustillants de l’Artwork. Une injonction à écouter, ou plutôt à prendre le temps d’écouter. Avec le digital et le streaming, la musique est devenu un produit de divertissement passif. On ne prend plus le temps d’écouter la musique, on lance une playlist et on passe à autre chose en même temps, la musique est un bruit de fond. Avec le vinyle, on est soi-même acteur de l’écoute. Déjà parce qu’il y a tout un rituel dans son utilisation. On va chercher le disque, on le sort de sa pochette - qu’on a pris le temps de regarder - on le place sur la platine, on pose la tête de lecture sur le disque, le vinyle craque, et c’est parti… Mais c’est parti pour 23 minutes tout au plus. Parce qu’un disque ne tourne pas pendant des heures. En cours d’écoute, il faut retourner le disque pour avoir la suite sur l’autre face. L’écoute est donc active. En générale, on se pose un moment pour profiter de sa galette, assis en tailleur devant sa chaîne, ou posé dans un fauteuil en face des enceintes.


Par ailleurs, et c’est ce qui lui donne un caractère plus sacré, le vinyle est un objet qu’on possède. Pardon pour l’aspect très matérialiste de cette remarque, mais je m’explique. Dans le streaming, on ne possède plus sa collection de musique. On est abonné à un service, et l’accès à notre “collection” est conditionnée au paiement de notre cotisation mensuelle. Ce n’est ni plus ni moins qu’une bibliothèque en ligne. Le jour où quelqu’un décide que tel ou tel titre doit disparaitre de la plateforme, il disparait de notre collection purement et simplement, et on n’aura pas notre mot à dire. Avec le support physique - et ça vaut finalement autant pour le vinyle que pour le CD ou la cassette - on est propriétaire de sa musique. On en a la jouissance à perpétuité. Alors on s’y attache. On sait ce qu’on a sur son étagère. Quand la collection grandit, pour les plus maniaques dont je fais partie, on trie, on classe. Par ordre alphabétique d’artiste ou d’album, par date de sortie, par style… Alors oui, on ne peut pas lancer des titres en aléatoire ou s’enchaîner des morceaux d’artistes différents sans repasser par le rituel dont je parlais plus tôt. Mais ça laisse aussi le temps d’explorer l’univers d’un artiste, d’aller plus loin que le morceau phare qui passe à la radio ou qu’on a entendu dans une playlist au hasard sur Spotify. Attention, je n’ai rien contre le streaming, j’en suis moi-même un grand consommateur, mais pour moi ça remplace finalement plus la radio que le disque physique. Encore qu’il ne faut pas me lancer sur la rémunération des artistes sinon, je ne réponds plus de rien !


Enfin et pour moi, le vinyle incite à une écoute plus collective. Un vinyle s’écoute sur une platine et des enceintes et non pas tout seul sur son téléphone sur des écouteurs pourris, enfermé dans sa bulle dans le métro ou le bus. Ce que je fais aussi d’ailleurs, remarquez. Mon père me racontait souvent comment avec des copains dans les années 70 ils se cotisaient pour acheter le dernier Supertramp avant d’aller chez celui qui avait la meilleure stéréo pour écouter la galette tous ensembles. Bon, ensuite la garde partagée du disque pouvait créer des embrouilles entre les copains mais c’est pas le sujet du jour !


Aujourd’hui, le vinyle est aussi devenu un véritable objet de collection. Sur Discogs, un marketplace en ligne, certains vinyles peuvent se revendre à de vraies fortunes, jusqu’à des dizaines voire des centaines de milliers d’euros. Mais avant d’être une relique du passé en plein comeback, le vinyle a traversé plus d’une centaine d’année d’histoire, que je vais essayer de vous raconter rapidement !


On écoute littéralement la musique sur de la m*** d’insecte

Dans la première moitié du XXème siècle, la musique enregistrée se joue d’abord sur des cylindres de cire grâce au phonographe de Thomas Edison inventé en 1877. Dix ans plus tard, en 1887, Emile Berliner invente le Gramophone. Des cylindres de cire on passe à des disques en gomme de laque qui tournent à 78 tours par minute. Sur le Gramophone, une aiguille en métal est posée sur le disque et transmet à une membrane les mouvements qu’elle effectue dans les sillons du disque. La membrane est elle-même reliée à un cône qui amplifie le signal de façon acoustique. Sur les 78 tours, les sillons sont plutôt larges pour que l’aiguille fasse des mouvements suffisamment amples afin que la membrane puisse à son tour générer suffisamment de son avant d’être amplifiée via le fameux cône. La largeur des sillons limite donc la durée maximum à 3 minutes pour des disques de 25cm de diamètre. On ne va pas se mentir, ça ne fait pas beaucoup !



Les galettes sont faites d’un plastique naturel, la gomme-laque qui est obtenu en récupérant les sécrétions de femelles cochenilles… Oui, on écoute littéralement la musique sur de la m*** d’insecte. Problème : la matière est cassante, les disques sont assez lourds et relativement chers. Pendant la Seconde Guerre Mondiale, la gomme-laque ne peut plus être importée aux Etats-Unis. Mais ça tombe bien, on est en plein développement de l’industrie plastique, et on lui trouve un remplaçant : le polychlorure de vinyle. Mais un nouveau problème se pose. L’aiguille qui lit le sillon - de façon mécanique - exerce une trop grosse pression sur le disque qui finit par être inécoutable après quelques lectures. Il faut donc passer à l’amplification électrique !


En 1946, la maison de disques américaine Columbia trouve la solution au problème et dépose le brevet pour un disque microsillon de 30cm en polychlorure de vinyle, et qui se lit sur des platines à amplification électrique. La pression exercée par la tête de lecture - que l’on appelle le diamant - est bien moins importante que sur un Gramophone. Pour ce qui est de l’amplification électrique nécessaire, avec l’essor de la radio, de nombreux ménages américains sont déjà équipés d’appareils pouvant servir d’amplificateur pour leur nouveau tourne-disque.


Pourquoi on parle de microsillon d’ailleurs ? Parce que les sillons tracés dans la matière sont bien plus resserrés que sur les 78 tours. Sur un disque de taille équivalente, on peut lire jusqu’à 23 minutes de musique sur un vinyle contre les 3 à 5 minutes du 78 tours. Ce nouveau format est donc baptisé Long Play, ou LP.


En 1949, quatre ans après Columbia, la maison de disque RCA Victor réplique et lance son propre format de disque. Toujours en polychlorure de vinyle et adoptant ce même principe du microsillon, le disque de RCA ne fait que 17,5 centimètres de diamètre et on le lit à une vitesse de 45 tours par minutes pour une durée totale de 2 minutes 30 environ. Ce qui va d’ailleurs conditionner la création artistique et forcer les artistes à composer des morceaux qui rentrent dans ce format. Le Rock’n Roll va finalement parfaitement coller puisqu’une forme Couplet/Refrain/Couplet/Refrain/Solo/Refrain à un tempo de 180 bpm rentre pile poil dans 2’30 !


Le 45 tours sera donc le format idéal pour le single, le 33 tours pour ce qui deviendra l’album.

Le premier gros carton du Rock’n Roll sort en 1954 : avec 30 millions de 45 tours vendus, Rock Around de Clock de Bill Haley & His Comets est encore aujourd'hui le titre de Rock’n’Roll le plus vendu. Le 45 tours lui, va régner en maître pendant toutes les année 50 et sur une bonne partie des années 60 avant que l’album ne devienne vraiment la norme. En 1955 déjà, Frank Sinatra avait presque inventé le concept album avec In The Wee Small Hours qui était bien plus qu’une simple collection de singles. Mais c’est dans les années 60 que l’album s’impose comme une forme d’expression artistique à part entière. On doit cela à des sorties majeures comme Sergent Pepper’s And The Lonely Hearts Club Band des Beatles en 67 ou l’Opéra Rock Tommy de The Who en 69, qui lancent vraiment la mode des albums concept. L’exemple le plus marquant reste The Dark Side Of The Moon de Pink Floyd qui va rester dans les charts US pendant 741 semaines, soit presque 14 ans.


En réponse à cet essor de l’album et des albums concepts plus complexes les uns que les autres (on pense à Yes, Genesis ou King Crimson), le mouvement Punk qui naît au milieu des années 70 va privilégier les 45 tours, moins onéreux pour un public venant de classes moins favorisées. La New Wave aussi va se caler sur le même principe et axer son développement sur la commercialisation de 45 tours, préférant l’instantanéité d’un single à l’album jugé trop adulte, sérieux, voire vieux jeu.


Dans les années 80, le vinyle - le 45 comme le 33 tours - va connaître un gros déclin. C’est le CD sorti en 82 qui va l’enterrer une première fois, à l’aide de la Cassette et son Walkman. Puis c’est le mp3 qui va l’achever ou presque au tournant des années 2000. Mais c’est sans compter la nostalgie et le manque de support physique que crée le digital : le vinyle revient ainsi en force au milieu des années 2000 et redevient la norme pour les sorties sur support physique. En 2020, les ventes de Vinyles finissent même par dépasser celles du CD, chose qui n’était pas arrivée depuis 1986. Aujourd’hui, on semble arriver à un moment où le marché de la musique trouve son équilibre entre le digital, avec les plateformes de streaming, et le vinyle qui permet un support physique où les Artworks des pochettes prennent toute leur importance, où les crédits des musiciens et les paroles ont leur place et où des concepts plus forts ont davantage de matière pour s’exprimer.

Une plateforme d’expression à part entière

Désormais, le vinyle redevient une plateforme d’expression à part entière. On peut y transposer l’univers complet d’un artiste. Avec des disques colorés ou à motif, des pochettes originales dans l’artwork mais aussi dans la forme même de la pochette, qui se déplie de manière inhabituelle ou se découpe pour laisser apparaître des éléments cachés… En 2014, par exemple, Jack White sort Lazaretto et nous donne une belle démonstration de la créativité qu’offre le vinyle. Il l’exploite dans tous ses aspects !

Et je ne parle pas de la pochette, mais du support vinyle lui-même : une face qui se lit de l’intérieur vers l’extérieur, un morceau avec une intro alternative qu’on découvre en fonction de l’endroit où le bras se pose en début de lecture, des morceaux cachés sur l’étiquette au centre du disque, des fins de faces qui continuent de jouer à l’infini ou ce magnifique hologramme qui fait tournoyer un ange au dessus du disque (ci-contre). Je m’égare un peu mais pour moi, cet album est une prouesse technique autant qu’un manifeste artistique et place Jack White dans une position de véritable Artisan de la musique, au-delà de l’artiste complet qu’il est.

Quand on parle du Rock, l’une des premières images qui nous viennent en tête après le cliché du “Sexe, Drogue & Rock’n’Roll”, c’est bien le disque vinyle. Les deux sont presque nés en même temps, dans l’Amérique de l’après-guerre, à une époque où le pétrole coule à flots et donc où le plastique semble être la matière du futur ! Le vinyle et le Rock sont tous les deux les témoins d’une époque, et même si leur temps semble parfois révolu, ils nous surprennent en revenant sur le devant de la scène, en se réinventant, et en offrant aux artistes de nouvelles manières de s’exprimer.

La dimension physique, palpable, l’imperfection, le craquement, la chaleur du son, le noir de la matière sont autant d’attributs qui vont tant à l’un qu’à l’autre, ce qui fait pour moi du vinyle l’objet Rock par excellence ou par essence, devant la Harley Davidson, le Perfecto, le Combi Volkswagen ou les Doc Martens. Mais ces objets-là, c’est une autre histoire !


 

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