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  • Photo du rédacteurBadtrip Bruel

Creatures of the Night : et Kiss embrassa la vague heavy metal...

Kiss célèbre les quarante ans d’un album important dans sa discographie. Creatures Of The Night marqua le moment de l’adaptation chez nos quatre amis, autant musicalement que pour aborder la fameuse décennie des 80’s. Examen.



Je vais vous dire franchement : J’ai une promesse non tenue envers moi-même : celle d’écrire un jour un dossier sur Kiss. Quelque chose qui retrace le parcours de quatre types fascinés par la Pop et le Hard-Rock avec pour mission de remplir les salles de concert et de faire en sorte que les gens s’éclatent, qu’ils oublient un peu leurs soucis pendant deux heures. C’est un travail titanesque et je souhaitais, à l’occasion de l’anniversaire de Creatures Of The Night, commencer par ici. C’est un point de départ comme un autre afin de présenter Kiss et par la même occasion, l'un de leurs meilleurs albums selon moi.


D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours été interpellé par Kiss. Mon premier souvenir du groupe est celui d’un petit garçon - moi - qui se baladait avec sa mère et dont le regard fut attiré par la couverture d’une revue. J’avais sept ou huit ans et il me semble qu’il s’agissait de celle d’un antique Hard Rock Magazine mais je n’en suis pas sûr. Ma réaction ne fut pas le plaisir, loin de là. Au contraire, je fus effrayé par les visages maquillés de Paul Stanley, Gene Simmons, Peter Criss et Ace Frehley. Ce n’est que bien des années plus tard que je posais mes oreilles sur un album de Kiss - l’Unplugged MTV - et où j’eus une révélation. Je ne vais pas mentir : jusqu’à ce moment, Kiss était pour moi uniquement l’interprète de I Was Made For Loving You, chanson-signature des New Yorkais et hymne disco. Je découvris ensuite l’apport énorme de Kiss au hard-rock US et me mis en quête d’écouter de plus en plus de choses provenant du combo.



Premiers baisers.


Pour commencer, c’est facile : il y a toute une génération de musiciens américains qui ont pris Kiss en pleine tête. Vous pouvez demander à Scott Ian d’Anthrax, aux membres survivants de Nirvana, à ceux de Pantera - Dimebag Darrell et son frangin Vinnie Paul furent de grands fans, à Slash de Guns N’ Roses, Rob Zombie, Weezer, Nine Inch Nails, aux Melvins, à Dinosaur Jr, et plus généralement, à toute la scène hair metal de l’époque : Kiss a donné envie à tous ces artistes et bien plus encore l’envie d’empoigner une guitare pour jouer du rock. Il faut dire que dès le départ, le groupe fait tout pour attirer l’œil du public plus encore que ses oreilles. Il se présente sous la forme de quatre personnages que l’on croirait tout droit issus d’un comic book, tous maquillés avec un look cuir et paillettes exubérant. Il y a Paul « Starchild » Stanley au chant et à la guitare, Gene « The Demon » Simmons à la basse, Ace « Spaceman » Frehley à la guitare solo et Peter « Catman » Criss derrière la batterie. Qu'importe si vous aimez ou pas la musique, le groupe marque instantanément les mémoires car il est visuellement inoubliable.


En bons enfants de Led Zeppelin, des Beatles et du glam rock, Kiss mélange les décibels aux mélodies imparables, les refrains accrocheurs avec une apparence scénique très forte. Pyrotechnie avec options son et lumière font régulièrement partie du show. Il ne faut donc pas s’étonner que les jeunes de l’époque soient devenus immédiatement fans. Mais fort heureusement le succès de Kiss ne repose pas simplement sur une montagne d’effets spéciaux. En 1974, le combo publie son premier album sobrement intitulé Kiss. Si la reconnaissance n’est pas au rendez-vous, il contient déjà certains morceaux qui font encore partie de la setlist du groupe en concert aujourd’hui : Deuce, Strutter, Black Diamond et Cold Gin sont des classiques de leur répertoire.


La même année, ils sortiront Hotter Than Hell qui enfoncera encore le clou et occupera le terrain : Parasite, Let Me Go Rock N’ Roll, Watching You ou Got To Choose sont les immanquables de la galette. Pourtant, rien n’y fait. L’attention récoltée n’est pas aux attentes du groupe, malgré un troisième effort - Dressed To Kill - dans la parfaite continuité des deux précédents. Et là, Kiss a une idée de génie : puisque la scène est son territoire de prédilection, il faut sortir un album live reflétant l’ambiance des concerts. Alive ! verra la lumière du jour en 1975 et ce fut enfin l’explosion. Une grande partie de l’Amérique succombe sous ces morceaux festifs qui prêchent un hard-rock simple mais efficace, invitant au bon temps sur la banquette arrière d’une bagnole et à vivre notre vie comme nous l’entendons. Car oui, petite précision : Kiss n’est pas là pour t’inciter à aller voter ou te parler des problèmes écologiques de la planète : ce sont des entertainers avant tout. Il ne faut pas attendre de leur part un quelconque message politique. Ce genre de choses n’a pas tout à fait sa place sur un disque du groupe...



Ce que veulent les fans...


Après le succès d’Alive ! ils sortiront les monumentaux Destroyer, Rock N' Roll All Over puis Love Gun. Cette triplette d’albums installera définitivement les quatre mousquetaires du hard-rock de l’époque au panthéon du genre. Ils réitèreront le coup du disque live avec le fort bon et très logiquement intitulé Alive II. Les membres du groupe publieront par la suite quatre albums solo, ainsi que trois efforts communs au succès conséquent dont le fameux Dynasty qui comporte le hit disco-rock I Was Made For Loving You qui enchanta les masses ainsi que pas mal de clubs, bars, pubs et autres karaokés dans l’univers.


A ce stade, il faut comprendre une chose : ce qui explique en partie la longévité et le monstrueux succès de Kiss, c’est également leur faculté de s’adapter à l’air du moment : « L’époque est au disco ? Très bien, intégrons de petits éléments de disco à notre son ». De fait, ils collent toujours à l'air du temps sans se mettre à dos leurs millions de fans. Toutefois, la première erreur d’appréciation viendra peu après avec Music From The Elder - un concept-album - en 1981, unanimement reconnu comme un immense flop : en faisant cet article je me suis rendu compte qu’un site de chroniques musicales très connu avait même noté The Elder

avec... un zéro pointé. C’est dire le non-impact de l’album qui propose néanmoins A World Without Heroes, seul titre recommandable extrait de cette catastrophe.


Evidemment, Kiss prend note de cet échec et revient bien vite aux affaires avec le sujet dont nous parlons aujourd’hui, à savoir Creatures Of The Night. 1982 arrive bien vite accompagnée d’une légion de groupes récents. La new wave et le heavy metal britannique (Judas Priest, Iron Maiden...) sévissait en Europe tandis qu’aux USA - et plus particulièrement peut-être Los Angeles, un nouveau genre de hard-rock se préparait à envahir le pays. Quelques mois auparavant - voire quelques années pour certains - des groupes comme W.A.S.P, Twisted Sister, Mötley Crüe ou Van Halen étaient apparus.


Ces combos avaient en avec Kiss une identité visuelle importante, presque autant que la musique. Sauf que leur son, en phase avec son époque et ce qui se passait alors aussi en Europe, se durcissait légèrement. Le Punk était passé par là, plusieurs sous-genres de metal comme le thrash naissaient et il était indispensable pour Kiss de se mettre à niveau. A l’inverse, d’autres groupes avaient bien pris note de l’ouverture du rock à des sonorités plus accessibles, plus modernes et s’en servaient dans leurs compositions. Ne sous-estimons pas non plus l’arrivée d’un média comme MTV en 1981 qui avait pour objectif de diffuser les derniers clips des groupes en passe de devenir à la mode. Et quoi de mieux pour une chaîne de télévision d’avoir des artistes avec une image identifiable déjà prête à l’emploi ? En professionnels qu’ils sont, les Kiss ne tardent pas à remarquer la place que prennent ces collègues mais néanmoins concurrents et décident, une nouvelle fois, d’adapter leur musique à l’époque. L’heure n’est plus au rock traditionnel, fût-il hard, mais à une musique de plus grande envergure, toujours taillée pour les stades… Mais aussi pour la télévision et les radios.



Les créatures de l'ennui ?


A bien des égards, Creatures Of the Night va marquer un tournant dans la discographie de Kiss. Si, depuis Alive !, leurs disques se vendent bien - hormis le camouflet Music From The Elder, leur son n’est plus tout à fait adapté à ce que veulent entendre les plus jeunes. Stanley et Simmons se doivent ainsi de réinventer Kiss, au moins dans une certaine mesure. Peter Criss déjà remplacé par Eric Carr derrières les toms de batteries, c'est un Ace Frehley en bout de course qui quitte à son tour le groupe. S'il est effectivement crédité sur le disque - et même présent sur la pochette, le guitariste n'est officieusement plus un membre de Kiss lorsque la formation entre en studio pour Creatures.


Miné par les problèmes d'alcool, Frehley était déjà dans le collimateur de Simmons et Stanley depuis une violente altercation lors de l'enregistrement de 'The Elder. Sa présence officielle dans le combo ne tient qu'à deux choses : un engagement contractuel sur lequel il aurait été onéreux de revenir - les membres de Kiss toujours été très proches de leurs comptes en banque - et le grave accident de voiture du guitariste qui calmera, pour un temps, les griefs au sein du combo. Malheureusement, à l'alcoolisme particulièrement rude de Frehley se joint désormais la prise abusive de calmants, une addiction de plus qui aura définitivement raison de la patience du duo Simmons/Stanley et de l'engagement du guitar hero au sein de Kiss. Pour le remplacer, Kiss fera appel à plusieurs musiciens de studio qui contribueront à moderniser le son du groupe, parmi lesquels Vinnie Vincent qui prendra officiellement la place de Frehley dès 1983.


Creatures Of The Night sort donc le 28 Octobre 1982, avec un Kiss délesté de la moitié de son line up d'origine... Et c’est un semi-échec. La carrière des New Yorkais d’origine porte encore les stigmates de "The Elder". Peut-être avaient-ils aussi mésestimé la vitesse à laquelle le public avait changé et, comme nous sommes prompts à brûler les idoles d’hier, la nouvelle génération était venue revendiquer sa place. Le sens de l’histoire dit-on. Ceci dit, des semi-échecs comme celui là, il existe pas mal de groupes qui tueraient la veuve et l'orphelin pour en avoir. Analysons tout de même d’un peu plus près cet album : Il s’ouvre sur le titre éponyme, un morceau efficace porté par un riff ultra énergique où Paul Stanley œuvre sur un refrain fait pour être repris dans toutes les arènes du globe. On note également un côté plus incisif et lourd sur la composition, signe que les temps ont changé et que Kiss comprend parfaitement ce qu’il se passe. La chanson, tout en étant entraînante, possède une facette sombre collant parfaitement à sa thématique.



Ce sentiment de musique à l’aspect plus pesant qu’à l’accoutumée sur un disque de Kiss sera présent en filigrane tout au long de l’écoute. Saints' Sinners - le second morceau – bien que plus lent poursuit dans cette veine. Pas un classique mais relativement bien foutu. Le plus rock Keep Me Comin’ sera quant à lui réimmiscent du classic Kiss - entre tradition et modernité en fait - en y incorporant un groove old school conforme à ce que les désormais vétérans proposaient à leurs débuts. Rock and Roll Hell fera appel aux talents de Bryan Adams, le chanteur Canadien, malheureusement pour un morceau plutôt oubliable et fade. Si le refrain - totalement mémorisable - comporte un quota de chœurs suffisant pour faire trembler toutes les scènes que Kiss foulera, ce dernier ne suffit pas à faire oublier la platitude générale de la chanson. Danger, qui déboule ensuite est meilleure. Du Kiss en auto pilote mais au moins elle est dans la dynamique du reste de l’album, donne de quoi jouer de l’air-guitar tout seul dans sa chambre et pourrait être jouée live sans trop de problèmes entre deux classiques. Heureusement la face B du disque en vient aux choses sérieuses. Tout commence avec I Love It Loud, chantée par la voix rocailleuse de Simmons. Un hymne instantané. Eric Carr impose un rythme marteau-pilon au ralenti sur lequel le bassiste nous fait lever du poing sur un refrain fédérateur.


Puisque Kiss est aussi connu pour ses ballades, arrêtons-nous un instant sur la très belle I Still Love You. Le titre avec son ambiance dramatique évoquant la rupture d’avec l’être aimé puis arrive à mettre de côté la tristesse afin de verser dans quelque chose de plus puissant par la suite. Une réussite. Passons sur Killer, pas ratée mais pas au dessus du lot non plus dont l’unique force est d’être le seul morceau rapide de l’album et finissons cette revue avec le dernier titre de CreaturesWar Machine. Il s’agit probablement du morceau contenant le plus d’inspirations heavy metal sur l’album. On pensera éventuellement de loin à un God Of Thunder qui figurait sur Destroyer. War Machine a un bon équilibre entre riff en plomb et une énergie kinétique à même de vous faire secouer la tête toute la journée. Il est d'ailleurs régulièrement interprété en live de nos jours.




Les riff de la nuit


Donc, qu’est-ce qui fait que Creatures Of The Night n’a pas si bien fonctionné lors de sa sortie ? Pour être objectif, citons la présence de chansons en dessous d’un certain niveau qualitatif. Killer ainsi que Danger tiennent de l’honnête remplissage, tandis que Rock And Roll Hell rate la cible. Mais pour le reste, c’est totalement écoutable. Non, je pense qu’il y a deux facteurs importants à prendre en compte. L’un est l’échec de Music From The Elder. Le groupe avait essayé d’intellectualiser son propos et ca n’avait tout simplement pas pris auprès du public. L’autre est que Creatures sort à un moment où le rock mainstream change aux USA. D’autres combos avaient justement entrepris de déloger des groupes tels que Kiss du haut du panier. Et puis des albums en face sûrement meilleurs, disons-le aussi... Quoiqu’il en soit, la tendance est à la réévaluation pour Creatures Of the Night et d’aucuns commencent à comprendre qu’en temps que disque de transition, il n’est pas si moche. Il fait même partie des meilleures livraisons du groupe à cette époque. Une époque qui, comme nous le verrons peut-être un jour ensemble, allait voir la popularité du groupe baisser drastiquement. Les années 80 ne furent pas toujours tendres avec Kiss. Mais ceci est une autre histoire. D’ici là, je vous fais à toutes et à tous des… bisous !





Creatures Of the Night est ressorti le 25/11/2022 en édition deluxe et super deluxe comprenant l’album original plus moult bonus suivant l’édition achetée.

 
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