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  • Photo du rédacteurAlexis Perez

Chronique | Larkin Poe - Blood Harmony

Les deux sœurs Lovell nous offrent avec Blood Harmony un album rock sans concession à coups de gros riffs et de belles envolées vocales. Larkin Poe nous montre une fois de plus avec ce sixième album studio que le rock s'accorde bien au féminin et ne sont clairement pas là pour faire de la dentelle...

On commence par faire les présentations pour celles et ceux qui ne les connaitraient pas encore : le groupe vient de l'état américain de Géorgie, connu pour avoir engendré de grands noms de la musique comme Ray Charles, Otis Redding, R.E.M ou Cat Power. Basé aujourd'hui à Nashville, Larkin Poe est principalement constitué de deux sœurs, Rebecca et Megan, qui avaient démarré initialement avec leur autre sœur - l'ainée Jessica - au sein de The Lovell Sisters. Souvent désignées aux US comme les petites sœurs des Allman Brothers, on peut clairement y voir la filiation par des sons de guitare puissants, des rythmiques entrainantes et l'importance du slide dans le son du groupe. C'est justement Megan qui y joue du lapsteel, une sorte de guitare qui se joue avec une barre métallique à plat sur les genoux en principe, mais qu'elle joue debout (chose plutôt rare). Et ce son fait toute l'originalité de Larkin Poe. Je pense que j'aurai l'occasion de vous parler de lapsteel dans une vidéo prochaine sur notre chaîne YouTube. Pensez donc à vous abonner pour ne pas la manquer quand elle sortira.


Les sœurs Lovell avec Billy Gibbons
Les sœurs Lovell avec Billy Gibbons (ZZ Top)

Les deux sœurs ne sont clairement pas des manchots avec leurs instruments respectifs (guitare et lapsteel), ni davantage fâchées avec leurs cordes vocales. Elles ont fait partie des musiciens de tournée pour de grands noms comme Elvis Costello, Keith Urban ou Conor Oberst du groupe Bright Eyes. A la demande du producteur T Bone Burnett, elles ont aussi participé en 2014 à l'enregistrement de l'album Lost On The River: The New Basement Tapes avec Marcus Mumford, Elvis Costello, Rhiannon Giddens, Taylor Goldsmith (Dawes) et Jim James (My Morning Jacket) : bref, du beau monde. Cerise sur le gâteau et belle reconnaissance, elles participent même à l'album solo We're All Somebody from Somewhere de Steven Tyler d'Aerosmith en 2016 et à l'album Hardware de Billy Gibbons (ZZ Top) sorti en 2021 et que je vous recommande fortement. Pour finir avec les présentations, elles ont été sacrées "Meilleure révélation" du festival de Glastonbury lors de son édition 2014. Comme ça, vous avez une idée du pedigree.


Un hommage aux grands noms du blues


L'album ouvre sur Deep Stays Down tout en délicatesse, avec un son clair au lapsteel rappelant I Can't Be Satisfied de Muddy Waters. En délicatesse ? Du moins jusqu'au fatidique 2'45 où la batterie rentre vraiment et la guitare électrique envoie la sauce. Dès lors la couleur est donnée. Les harmonies vocales sont là, le son de batterie lourd et massif - on pense tout de suite à un When The Levee Breaks de Led Zeppelin. Le morceau suivant Bad Spell nous donne presque des airs de Jack White dans la production et les sons de guitare et de lapsteel : Megan utilise régulièrement une pédale POG pour ajouter une octave basse à ses riffs pour leur donner une couleur bien moderne.


On y entend des relents de Tom Petty dans les compositions, avec ce son très Americana typé Sud des États-Unis. L'influence de Sheryl Crow n'est pas loin non plus et pas seulement parce qu'on a une voix féminine qui chante de l'Americana. On peut l'entendre sur certaines inflexions vocales comme dans Georgia Off My Mind ou Southern Comfort les titres un poil plus pop de l'album. On pense aussi à Melissa Etheridge dans l'attitude vocale encore une fois. Si vous ne connaissez pas Etheridge, je vous invite à écouter son album éponyme de 1988 : un vrai ovni à l'époque où le hard FM dominait encore les charts et où le grunge pointait tout juste le bout de son nez. Un vrai album de rock bien brut avec des sonorités bien à l'ancienne, dans la pure tradition du rock américain bien bluesy. Last but not least, certains passages m'ont fait penser à la chanteuse de blues Bonnie Raitt qui se distinguait dès son premier album en 1971 par un groove et une voix très blues quand on pensait encore que le blues - comme le rock - était une affaire d'homme. Chez Larkin Poe, qui assume toutes ces influences citées, on retrouve ce même attachement aux fondamentaux du rock US dans un contexte où les charts voient plutôt culminer des morceaux hip-hop et pop, avec des productions bien plus modernes.


Tyler Bryant, co-producteur de l'album et mari de Rebecca Lovell

Malgré les influences ancrées dans le classic rock et donc dans des références plutôt oldschool dont j'ai parlé plus haut, la production est résolument moderne. Elle est assurée par le groupe lui-même et par Tyler Bryant du groupe de Nashville Tyler Bryant And The Shakedowns qui est d'ailleurs le mari de Rebecca et avec lequel Larkin Poe collabore régulièrement. Il est aussi crédité en tant que compositeur sur plusieurs titres de l'album. La modernité du son se sent particulièrement dans la batterie et les percussions, notamment la façon dont la rythmique est mixée : une grosse caisse bien présente dans les graves et une caisse claire accordée assez grave, très compressée et mixée très en avant.


Une complicité palpable et audible


Dans une interview accordée à 2metersession Rebecca et Megan y parlent de la complicité qu'elles entretiennent depuis leur enfance et qui, malgré quelques frictions qui ont pu apparaitre dans le passé durant le processus de composition, s'est renforcée au fil des années, des tournées et des disques. Megan dit ainsi à propos de sa sœur "[qu']il n'y a aucune relation qui peut se comparer à la nôtre. Elle est ma partenaire de business, ma meilleure amie, celle avec qui je fais de la musique et il y a beaucoup de communication non verbale [...] ça fonctionne très bien dans ce domaine et ça nous permet d'échanger sans accrocs [...] on peut ainsi attraper la vague ensemble et la surfer". Cette complicité s'entend sur le disque, dans la qualité des voix qui s'harmonisent à merveille, les deux timbres se complètent parfaitement : Rebecca avec sa voix lead puissante et Rebecca avec ses harmonies plus "cleans" qui soutiennent la première.



On finit l'album par un moment suspendu avec un Lips as Cold as Diamond tout en douceur. Pas de grosse batterie ni de gros riff de guitare : juste une guitare d'accompagnement dans l'oreille gauche, le lapsteel aérien dans l'oreille droite et un très beau chant blues et plaintif au centre de la stéréo. L'ensemble est soutenu par une batterie qui ponctue de quelques coups de toms et d'effets de cymbales légères perdus dans une belle reverb et donne à ce titre une dimension quasi-mystique.


Une affaire de famille


Pour le line up de l'album, on est sur une formule tout ce qu'il y a de plus simple, mettant en avant la guitare, le lapsteel et la voix. On y entend quelques notes d'orgue Hammond jouées par Rebecca, notamment sur l'avant dernier titre Summertime Sunset et sa vibe rock classique pur. Quelques notes de Wurlitzer également sur le morceau titre, toujours joué par Rebecca. Le batteur Kevin McGowan et le bassiste Tarka Layman complètent l'équipe de cet album mixé par David Benyamin. On a pas de grands noms qui jouent ou produisent ce disque : c'est une vraie affaire de famille. Les paroles y évoquent notamment le mal du pays, les voyages et plus généralement la nostalgie. L'influence du livre A Tale For The Time Being de Ruth Ozeki, que les sœurs ont lu avec leur mère peu avant l'enregistrement de l'album, a également été importante d'après Megan.


Rebecca et Megan Lovell de Larkin Poe
Les sœurs Lovell, Rebecca (à gauche) et Megan (à droite)

Pour moi, cet album est un condensé de ce qu'on pu nous offrir les sœurs Lovell par le passé, un très bon album de classic rock qui ne révolutionne clairement pas le genre mais vous envoie un bon gros parpaing dans la tronche dès le premier morceau. Un vrai hommage au sud des US et au Tenessee qui les accueille depuis plusieurs années maintenant. Mon coup de cœur du disque reste Bad Spell et son riff ensorcelant avec sa puissance vaudou et chamanique, qui sonne comme la réponse d'une femme au I Put A Spell On You de Screamin' Jay Hawkins. Ça sent le sud, le bayou et les grands espaces : un album viscéral, authentique et puissant.




Point matos pour les aficionados


Rebecca joue principalement sur des guitares Fender : Jazzmaster et Stratocaster, branchées sur un ampli Fender Princeton. Sur son pedalboard, elle utilise un switcher pour contrôler le reste des pédales qui suivent et ajouter des effets : Le HX Effects de Line 6. Puis une TB Drive de Rodenberg (TB pour Tyler Bryant, toujours le même !),une MXR Sugar Drive de Dunlop pour le petite extra boost, une MXR Submachine pour les octaves, Une Strymon Iridium qui émule un ampli Vox AC30 ou un Marshall Plexi et une Strymon Deco qui simule des effets de bande magnétique comme un slap echo.


Megan joue son lapsteel Rickenbacker branché dans un ampli Fender Deluxe Reverb. Sur son pedalboard, on démarre sur une pédale de volume Ernie Ball puis une TB Drive comem sa sœur, un genre de double Tube Screamer. Arrive ensuite la pédale POG d'Electro Harmonix qui lui apporte ces octaves basses puissantes, avant d'attaquer un delay Memory Toy, toujours d'Electro Harmonix qui permet de jouer parties plus aériennes. Pour la réverbération, elle utilise en studio la reverb de l'ampli, mais en live elle lui préfère la Hall of Fame de TC Electronic. Pour finir, elle utilise depuis quelques années la Freeze de TC pour garder des notes tenues par-dessus lesquelles elle peut ensuite improviser des solos.


 

• Larkin Poe - Blood Harmony sur Spotify :


• Larkin Poe - Blood Harmony sur Deezer :



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