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  • Photo du rédacteurBadtrip Bruel

Chronique | NOFX - Double Album

Les historiques punk-rockers sont de retour cette semaine avec le très logiquement intitulé Double Album, leur seconde livraison en deux ans. Le disque fait suite à Single Album paru quant à lui en 2021. Et si les déclarations du bassiste et chanteur Fat Mike au travers d’un message Instagram posté innocemment - presque comme une photo de vacances - se concrétisent il se pourrait bien qu’il soit également l’avant-dernier dans la carrière du groupe...

NOFX est un groupe spécial dans le cœur de votre serviteur. Je les ai découverts avec l’album live I Heard They Suck Live il y a… Beaucoup trop longtemps. Si mes souvenirs sont exacts, je fus plus attiré par le titre du disque -comment un groupe pouvait dire qu’ils étaient nazes en concert ?- que par le revival punk-rock de l’époque. Mais si, souvenez-vous. Green Day, The Offspring, des combos dont je ne fus jamais particulièrement fan pour dire la vérité, si l’on excepte le Smash de The Offspring. J’étais jeune, j’étais beaucoup moins ouvert qu’aujourd’hui et surtout j’étais un putain de metalhead. La combinaison parfaite pour former le petit branleur de base. Quoiqu’il en soit, je tombais immédiatement sous le charme de NOFX. Des compositions très courtes où l’essentiel se racontait en moins de trois minutes sur des tempos rapides et mélodiques. La perfection incarnée. Lorsque j’entrepris de m’intéresser plus profondément au groupe, je découvrais qu’ils étaient parfois considérés comme le "coussin-péteur" du punk US de l’époque. Mais les commentaires les moins honnêtes omettaient souvent de mentionner le fait que, sous un humour souvent « bas du front », se cachait une véritable critique de notre époque et du système. NOFX est un enfant du hardcore des années 80 : celui de Bad Religion, Minor Threat, Black Flag, The Misfits et j’en passe, du plus reconnu au plus obscur des gangs punk-rock de cette période. Et si l’on prend ne serait-ce que les trois premiers cités, ce ne sont pas exactement des marrants au niveau des paroles. Il leur arrive de balancer une vanne mais avec une plume trempée dans l’acide. NOFX a simplement pris le même chemin en y ajoutant une triple dose d’humour, du genre à faire rire jaune.

Punk Rock Life Ce penchant pour la rigolade acerbe se prolonge jusqu’à aujourd’hui et ce Double Album tout nouveau tout beau que NOFX envisageait effectivement au départ comme étant un double effort. Fat Mike estimant - à raison selon moi - que les bons double albums ne sont pas légions et manquaient à leur discographie. Un challenge comme un autre. Toutefoi,s les évènements ne tournent pas comme on le souhaite par moment et le groupe fut obligé de scinder leur œuvre en deux, différant la sortie du second volume de plus d’un an. Mais peu importe, le disque est là et nous allons voir ensemble si l’attente valait le coup. NOFX ouvre son dernier opus avec Darby Crashing Your Party. Pour l’histoire sachez que le Darby en question fait référence à Darby Crash, chanteur disparu des séminaux The Germs, bordélique groupe punk de Los Angeles ayant également compté en son sein Pat Smear, futur Nirvana et Foo Fighters. Intro de basse caractéristique signée Fat Mike et rythme uptempo immédiatement identifiable du groupe, hop nous voilà déjà partis à l’aventure. Le chanteur revient sur sa jeunesse chaotique, faisant au passage référence aux Germs donc, à GG Allin, aux Sex Pistols, à The Damned. Une carte postale du passé, une collection de souvenirs sous métamphétamine. Un jeune un peu paumé dans les rues de la grande ville, perdu entre ses lumières flamboyantes et le ruisseau.

My Favorite Enemy montre toute la sévérité avec laquelle Fat Mike se juge de nos jours. Nous sommes notre pire bourreau dit-on et cela ne peut pas mieux coller à cette chanson. Le morceau est dynamique, comporte également cette dose d’auto-critique virulente qui l’empêche de sombrer dans l’auto-victimisation ou la parodie.

«I wish I had more patience and my will power was strong Enough to listen to my sob stories that are already too long I can lead myself to water and I can always make me drink I put stickers on my mirror, so when I use my bathroom sink I can still see my face but I can't look in my eyes Because I've never been a fan of long goodbyes»

Le troisième morceau Don’t Count On Me - possiblement le meilleur de Double Album - verra NOFX explorer de nouveau les terres du reggae ainsi qu’un tour de chant avec trois membres du combo. Mike, El Hefe et Eric Melvin (les guitaristes) auront en effet le privilège de se présenter chacun à leur tour devant le micro. Une chanson très plaisante avec son alternance riddims rasta/riffs survoltés beaucoup plus conformes aux codes du punk-rock, que l’on pourrait presque envisager comme la prolongation de My Favorite Enemy mais du point de vue de chacune des personnalités dont NOFX est composé. Quelques références humoristiques à Star Trek permettent au morceau de mettre au clair de manière assez caustique et avec une certaine ironie l’entente au sein du groupe. Une entente qui dure depuis plus de 30 ans, ne l’oublions pas. Car il s’agit tout à fait de ce dont je parlais plus haut. Il y a de l’humour chez NOFX mais il faut savoir aussi lire entre les lignes. Non pas que le quatuor se déteste mais la chanson semble décrire avec précision des relations parfois tendues, à l’instar de tous les groupes, malgré le fait que ses membres soient profondément amis depuis longtemps. Quelque part, je trouve qu’il s’agit d’un titre véritablement honnête dans son propos. Garanti sans effet spéciaux La brève Johanna Constant Teen continue sur la lancée reggae-punk tandis que le brillant Punk Rock Cliché revient aux affaires en convoquant une fois de plus un passé évanoui depuis longtemps. La perte des illusions se fait durement ressentir sur ce titre ainsi qu’un réveil amer bien qu’accompagné de succès. Un rêve de liberté réduit en cendres lors du passage à l’âge adulte ou du moins lorsqu’on réalise que nous avons fait ce qu’il fallait mais que tout ceci pouvait avoir un prix élevé : celui de certains de nos idéaux qui se heurtent à la réalité.

Fuck Day Six est beaucoup plus direct musicalement ainsi que ses paroles. Ces dernières narrent la désintoxication de Fat Mike pendant une semaine où le sixième jour est apparemment le plus difficile à tenir. Si vous voulez en connaître la raison il faudra lui demander. De nouveau, pas mal d’ironie ici sur les conditions de cette cure.

«When I pissed a perfect rainbown End days ever redrug screen I needed help so I called up this skinhead Lisa Brownley's old boyfriend Noah Levine He had a place against the stream And he is a punk from Santa Cruz A buddhist with a jewish name How could I ever lose? He'd give me a bro rate at a triple AAA discount If I checked into his mansion And paid the right amount Getting clean in seven days sounded pretty good In a gentrified hipster neighborhood They told me my addiction wouldn't be too hard to fix What they didn't tell me was about day six Fuck day six. My semi-private room smelled like rubbing alcohol So I wore a leather blindfold and a latex camisole Two days later when I woke up I was in such a good mood 'Cuz I was three days clean And on Tuesday nights they served Mexican food I never tried to quit drugs or hang out with Buddha before But after four or five days I had no urge to score I thought I kicked ass on the narcotics But then I woke up as a toilet on day six Fuck day six Day six can suck my dicks»

A toutes fins utiles, je précise que s’il y en a parmi vous qui seraient surpris quant à l’évocation des origines du fameux pote de Fat Mike dans la chanson, le bassiste-chanteur est Juif. Tout va bien.

Double album, gras double Is It Too Soon If Time Is Relative? sera le morceau irrévérencieux de Double Album. Nous avons droit à une description assez flippante de l’astrophysicien défunt Stephen Hawking, d’autant que finalement ce n’est pas son aspect physique qui prête à sourire mais plutôt la réaction de Fat Mike chaque fois qu’il le voyait à la télévision. De plus si l’on s’attarde sur les paroles… Nous sommes plus dans l’hommage. Un hommage bien lourd, je vous l’accorde. Mais Fat Mike à déjà composé sur la vie extra-terrestre, se pose des questions comme tout un chacun. Le sujet l’intéresse. Il s’agit une fois encore d’une de ces chansons où NOFX fait preuve d’un humour gras comme un kebab servi à trois heures du matin avec malgré tout un regard plus taquin que méchant. Et lucide.


«When I saw him on TV I thought he looked crazy Then my friend told me that he's just really lazy So lazy he could only write A Brief History of Time He maybe smart but to me he's just a creepy narcoleptic mime I wanna be like Stephen So I'm gonna walk uneven And havin' trouble breathin»

Nous abordons tranquillement la fin de cette chronique avec la charge finale constituée des trois derniers titres que sont Alcopollack, Three Against Me puis Gone With The Heroined. Le premier est un titre rapide dédicacé à David Pollack -ami et collaborateur de NOFX- apparemment reconnu pour ses manières de travailler peu communes et assez erratiques ainsi que pour une dévotion à l’alcool relativement inhumaine. Si le combo énumère les grandes qualités de l’homme, il ne fait pas exception de ses défauts. Néanmoins il émane du titre un respect évident pour le travail accompli et l’humanité du personnage. Un clin d’œil tendre envers un ami, mais aussi sans concessions. Une sonnette d’alarme sur son style de vie à l’attention de ce David Pollack ? Possible. Il faudra poser la question à Fat Mike une fois de plus. Des coups et des bleus à l'âme Three Against Me nous emmène pour la dernière fois vers la jeunesse de Fat Mike, cette fois du côté où les coups se perdent et où en prendre plein la gueule forge le caractère. Un baptême du feu quotidien étouffant. Une chanson efficace, nostalgique d’une manière particulière, évitant néanmoins le misérabilisme d’une vie que l’on a pas choisi.


«When i found a train ticket on the bed Next to a note that read If I had any respect I wouldn't think about visiting, writing or calling In fact any communication would be deleted or hung up All letters would be torn Who would correspond with someone who was never born?»

Finissons en beauté cette review de Double Album par un excellent et dernier titre, Gone With The Heroined. Il aurait été étonnant de ne pas conclure le disque par un état des lieux à l’instant T après tant de souvenirs racontés. Cette fois c’est Eric Melvin qui s’y colle en majorité, aidé par Fat Mike sur un couplet. Le guitariste nous montre ses cicatrices en forme de trous de seringue et si celles-ci appartiennent au passé, elles ont laissé de vilaines traces indélébiles avec lesquelles il faut désormais vivre. La chanson possède assez de résignation, de volonté et de dégoût pour cette saloperie d’héroïne pour que nos poils se hérissent la première fois que nous l’écoutons. Loin d’être une leçon de morale, il s’agit d’un constat, d’un énième avertissement lancé à tous ceux qui seraient tentés par l’expérience. Une chanson classique dans la forme mais réellement profonde et impactante. No FX, no Punk Rock Messieurs-Dames, amis lecteurs-trices, nous voici arrivés au moment où nous allons nous laisser. Mais avant, je tiens à dire une chose : s’il s’agit du dernier ou de l’avant-dernier disque de NOFX, je vous invite très vivement à l’écouter. D’une part pour profiter une ultime fois d’un album studio du quatuor mais surtout car il vient de publier une somptueuse galette. Double Album ne m’a pas eu sur les structures complexes de ses titres, ni sur des tempi rivalisant tous les uns avec les autres de vitesse ou de complexité. Non, il m’a eu sur ce qui s’en dégage. C’est un disque qui dit quelque chose, qui raconte un vécu. Un opus que je crois être profondément authentique. Tout ce qui fait NOFX se trouve là devant vous, en grande partie du moins. Aussi curieux que cela puisse paraître, je n’ai pas trouvé qu’il s’agissait d’un album facile d’accès. Oui le son NOFX est présent, la marque de fabrique est reconnaissable entre mille et il y a de surcroît ce truc en plus. Appelez-ca comme vous voudrez : baroud d’honneur, dernier tour de piste, ou tout simplement envie de faire un bon disque. Double Album, au risque d’employer une formule pompeuse, a grandi en moi. Il n’est pourtant pas si immédiat que cela. Ses ambiances sombres, nostalgiques, presque désespérées par instants lorsqu’on lit les paroles sont contrebalancées par l’exécution sans failles d’un punk-rock mélodique toujours aussi énergique bien que pondéré par l’humeur du moment. L’équilibre est parfait. Si NOFX venait à partir demain avec cet album sous le bras, il n’aurait pas à rougir du chemin parcouru et pour ma part il s’agirait d’un excellent point final, pour ne pas dire splendide. Indispensable si l’on aime le groupe.


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